Piment
|

Un voyage chaudement pimenté

Le piment traverse l’histoire et les continents comme aucune autre épice. Des temples aztèques aux tables asiatiques, il a conquis le monde en quelques siècles. Aujourd’hui, les piments du monde racontent un voyage fascinant, jalonné de routes maritimes, de palais royaux et de cuisines populaires. De l’Amérique centrale aux Balkans, chaque région a adopté cette baie brûlante et créé ses propres variétés. Embarquez pour un tour du monde chaleureux, qui finit dans votre assiette.

Des origines anciennes en Amérique

Le piment appartient à la famille des solanacées, comme la tomate et l’aubergine. Il est originaire du Sud et du Centre de l’Amérique. Les archéologues ont retrouvé des traces de sa consommation vieilles de plus de 7000 ans. Les grottes de Tamaulipas et de Tehuacán, au Mexique, en ont livré les plus anciens témoignages.

Les Aztèques l’utilisaient déjà 3000 ans avant notre ère. Ils le cultivaient d’abord comme plante décorative. Il entrait ensuite dans leur pharmacopée, avant de rejoindre leur alimentation quotidienne. Le piment occupait une place si importante que les codex aztèques le mentionnent à plusieurs reprises. Une épice locale, disponible, gratuite et prodigieusement aromatique : les peuples d’Amérique centrale ne s’en sont jamais privés.

Christophe Colomb et l’arrivée en Europe

C’est Christophe Colomb qui découvre le piment à la fin du XVᵉ siècle, lors de ses voyages vers les Amériques. Un membre de son expédition intrigué par cette épice inconnue décide de la rapporter en Espagne. Il s’agit du docteur Diego Álvarez Chanca, médecin de bord et fin observateur.

Le piment ne rencontre pourtant pas un grand succès à la cour d’Espagne. Trop piquant pour les palais européens de l’époque, il reste dans l’ombre. On lui préfère alors le poivre et les épices d’Asie Mineure et du Moyen-Orient. Ces denrées, convoyées par voie terrestre, coûtent extrêmement cher. Personne n’imagine encore que le piment va les concurrencer et les remplacer dans une grande partie du monde.

La conquête de l’Inde et de l’Asie

Le navigateur portugais Vasco de Gama change la donne. En découvrant la côte de Malabar par le cap de Bonne-Espérance, il ouvre la voie maritime vers l’Inde. L’acheminement des épices par mer, moins coûteux et plus rapide, est très vite adopté par les marchands européens.

Le piment fait alors son entrée en Inde. La population, conquise par sa saveur et sa facilité de culture, se met à le cultiver partout. Le climat tropical lui offre des conditions idéales. En quelques décennies, il s’invite dans les masalas, les chutneys et les currys. L’Inde devient l’un des plus grands producteurs mondiaux, alors que le piment y est arrivé par accident commercial.

Le voyage continue vers la Chine, puis dans toute l’Asie du Sud-Est, en suivant les routes commerciales maritimes. La Thaïlande, le Vietnam, l’Indonésie et la Corée adoptent à leur tour le piment. Chaque cuisine en fait un pilier : piment oiseau thaï, gochujang coréen, sambal indonésien. Le piment poursuit sa route vers l’ouest et atteint les pays arabes, où il parfume les mélanges comme le baharat et le zhug.

L’Europe du Sud se laisse gagner

Ce sont les Turcs, conquis par le piment, qui le font entrer en Europe par les Balkans, jusqu’en Hongrie. Les Hongrois l’adoptent avec passion. Le goulash en devient l’emblème, et la culture du piment se développe partout dans les plaines. Les sélectionneurs hongrois créent alors de nouvelles variétés plus douces et parfumées : le paprika est né. Il devient l’épice nationale, présente dans presque chaque plat du pays.

L’introduction du piment prend plus de temps dans le reste de l’Europe. Vers 1650, le Pays basque commence à produire des piments venus des Antilles et d’Amérique du Sud. La variété Gorria fait ainsi son apparition. Elle est connue aujourd’hui sous le nom de piment d’Espelette, fierté du territoire basque. Séché au soleil et réduit en poudre, il remplace avantageusement le poivre dans la cuisine locale. Le XVIIIᵉ siècle devient, pour finir, le siècle du piment dans toute l’Europe.

Quant à l’Amérique du Nord, elle n’adopte le piment dans son alimentation qu’à partir du XIXᵉ siècle. Le Texas et la Louisiane rattrapent ensuite le temps perdu avec le chili con carne et la cuisine cajun.

Comprendre le piquant du piment

Toutes les variétés ne se valent pas. Le piquant d’un piment dépend de sa teneur en capsaïcine, un composé concentré dans les membranes internes du fruit. L’échelle de Scoville mesure cette intensité. Le poivron, doux, se situe à zéro. Le piment d’Espelette oscille autour de quelques centaines d’unités. Le jalapeño dépasse largement les 5 000, et les variétés les plus brûlantes atteignent plus de deux millions d’unités.

Bien choisir son piment, c’est donc d’abord choisir son niveau de chaleur. Un piment doux et fruité comme l’Espelette convient aux plats du quotidien. Les piments moyens relèvent les sauces et les marinades. Les variétés extrêmes s’utilisent avec une extrême parcimonie, en traction pure. Le lait, le yaourt ou une tranche de pain atténuent une brûlure trop vive. L’eau, au contraire, diffuse la capsaïcine et aggrave la sensation.

Les piments du monde à cuisiner

Il existe des dizaines de variétés de piments, aux couleurs, formes et tailles différentes. Voici un petit tour d’horizon des incontournables.

  • Le piment d’Espelette : doux et fruité, parfait sur les légumes, le poisson et la volaille.
  • Le piment de Cayenne : intense et sec, idéal pour réveiller une sauce ou un plat mijoté.
  • Le piment oiseau : très fort, un indispensable de la cuisine thaï et créole.
  • Le jalapeño : charnu et moyennement fort, star des cuisines mexicaine et tex-mex.
  • Le chipotle : un jalapeño fumé, qui apporte une profondeur unique aux BBQ et rubs.
  • Le gochugaru : flocons coréens fruités et légèrement fumés, base du kimchi.
  • Le piment de Kampot : la version cambodgienne, douce et subtilement sucrée.

Bien cuisiner le piment : nos conseils

Le piment se respecte et se dose avec méthode. Commencez par de petites quantités : on peut toujours en rajouter, jamais en retirer. Goûtez au fur et à mesure de la cuisson. Le piquant se concentre à la réduction des sauces.

Pour un plat mijoté, ajoutez le piment en début de cuisson. Sa chaleur se diffuse alors dans toute la préparation. Pour une sauce froide ou une vinaigrette, privilégiez un ajout en fin de préparation. Les huiles essentielles restent vives et le parfum fruité domine.

Le piment adore les cuissons grillées et fumées. Sur un barbecue, il rehausse les marinades de poulet, de porc et de crevettes. Associé au cumin, à l’ail ou au paprika fumé, il compose des rubs mémorables. Il aime aussi les accords sucrés : chocolat, mangue, ananas ou fraise. Le duo chocolat-piment, hérité des Aztèques, reste un grand classique de la pâtisserie moderne.

Un trésor pour la santé

Le piment ne se contente pas d’émouvoir les papilles. La capsaïcine est étudiée pour ses effets sur la circulation et la digestion. Le piment est aussi très riche en vitamine C, plus que l’orange à poids égal. Il contient des antioxydants qui protègent les cellules du vieillissement. Dans les pays chauds, on lui prête aussi des vertus conservatrices sur les aliments. Une raison de plus, s’il en fallait, d’en parsemer régulièrement vos plats.

Les questions fréquentes sur le piment

Comment atténuer un plat trop pimenté ?

Ajoutez un produit laitier : lait, crème ou yaourt capturent la capsaïcine. Une cuillère de miel ou de sucre équilibre aussi le feu. Une pomme de terre cuite dans la sauce absorbe une partie du piquant.

Faut-il retirer les graines du piment ?

Les graines ne portent qu’une partie du piquant. L’essentiel de la capsaïcine se concentre dans les membranes blanches internes. Retirez-les pour un plat plus doux, gardez-les pour intensifier la chaleur.

Comment conserver les piments séchés ?

Stockez-les à l’abri de la lumière, de l’humidité et de la chaleur, dans un bocal hermétique. Ils conservent leurs arômes plusieurs mois. Les piments frais se gardent quelques semaines au réfrigérateur ou se congèlent très bien.

Le piment rouge est-il plus fort que le vert ?

Un piment mûr, rouge, est généralement plus fort et plus fruité qu’un piment cueilli vert. La variété reste néanmoins le premier critère de piquant : un poivron rouge reste doux.

En conclusion : une épice universelle

Le piment a fait le tour du monde en cinq siècles. Parti des montagnes du Mexique, il parfume aujourd’hui les cuisines des cinq continents. Il a traversé les océanes, les empires et les frontières sans jamais perdre son caractère. Chaque région l’a adopté, domestiqué et transformé. Alors, la prochaine fois que vous saupoudrez un plat de piment, pensez à cette épopée. Une simple pincée contient sept mille ans d’histoire et des saveurs venues du bout du monde.

Pour aller plus loin dans le glossaire

  • Relever : doser le piquant d’un plat
  • Épicer : la technique de l’assaisonnement épicé

Cet article est écrit par Epices et Poivres, créateur de mélanges d’épices 100% naturels.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *